Interview parue dans le numéro d'octobre 1973 du magazine Vertex et réalisée par Paul Turner. Frank Herbert y aborde plusieurs thèmes aussi divers et variés que les raisons l'ayant poussé à écrire Dune que les problèmes de surpopulation, l'enseignement, le bio-terrorisme, l'écologie ou sa vision du monde actuel et futur.
Si vous le pouvez, je vous encourage vivement à lire cette interview dans sa version originale, les subtilités de langage de Frank Herbert étant relativement difficiles à retranscrire correctement.
C'est le genre de chose qu'il est très difficile d'analyser. Malgré tout je dirais que c'est sans doute du à une imagination débordante et au fait que j'ai pensé très tôt, dés le début des années 50, que la SF constituait un courant littéraire important. La SF possède une marge de manœuvre bien supérieure à toute autre forme de littérature. Vous pouvez faire plus de choses intéressantes en SF que dans une œuvre de fiction classique. Je ne veux surtout pas dénigrer cette forme de littérature. Chacune a sa place et sa fonction dans notre société et j'espère qu'il en sera toujours ainsi. Vous choisissez ce qui convient le mieux en fonction de l'histoire que vous avez à raconter. Et au début des années 50, j'ai ressenti le besoin d'écrire de la SF. C'est comme cela que j'ai démarré.
Oui, j'étais déjà familier avec la SF. J'ai commencé à en lire au début des années 40. J'en lisais donc depuis 10 ans quand j'ai commencé à en écrire.
J'ai lu un peu de Heilein et de H.G. Wells. J'ai lu aussi Jack Vance et c'est à cette époque que j'ai fait sa connaissance. Jack arriva environ 6 mois après que j'ai décidé d'écrire de la SF. J'avais entendu dire qu'il vivait pas très loin de chez moi, je suis simplement allé sonner chez lui un jour. Nous avons finit par emmener nos deux familles à Mexico. Nous avons vécu un moment là-bas et écrit quelques histoires ensemble. Nous sommes toujours des amis très proches. J'ai également lu Poul Anderson. Vous savez, je pourrais continuer à vous donner des noms pendant un moment. J'ai lu un peu tout ce qui se faisait avant de démarrer. Je voulais voir ce qui avait été fait.
J'éditais des journaux, mais j'écrivais aussi de la fiction. J'écrivais des nouvelles. Ça m'est venu très tôt. Je me rappelle du déjeuner d'anniversaire de mes 8 ans où j'ai solennellement annoncé à ma famille que je serais un écrivain. Ma mère conserve précieusement plusieurs tentatives de fictions, bourrées de fautes d'orthographe, que j'ai écrites à cette époque. Certaines sont mêmes assez bien écrites. Encore maintenant, je dois reconnaître que j'avais le don de placer une bonne accroche narrative au début d'une histoire.
Oui.
Et bien je nourrissais l'idée de traiter du sujet de l'impulsion messianique dans une société humaine depuis un bon moment. Ma technique consiste à rassembler de la documentation. J'en ai rempli des dossiers. Lorsque j'ai une bonne idée pour un personnage, je la met dans un dossier avec son nom dessus. Une fois, je me suis rendu à Florence, dans l'Oregon, pour écrire un article à propos d'une expérience menée par le Ministère de l'agriculture sur le contrôle des dunes. Les États-Unis ont été des pionniers dans ce domaine. L'idée était de développer des herbes et autres plantes qui permettent de contenir les dunes lorsqu'il y a du vent. Vous voyez, une dune fonctionne exactement comme un fluide, à la différence que cela lui prend plus de temps pour se déplacer. Cela créé des vagues, qui, vues du ciel, sont similaires à celles de la mer.
Oui, c'est tout à fait ça. J'ai donc écrit cet article puis j'ai commencé à rassembler de la documentation sur le contrôle des dunes. Cela m'a conduit à m'intéresser à l'écologie, à ce que nous faisions à notre planète. Un jour, je me suis aperçu que j'en avais un tiroir plein et qu'il ne me restait plus rien d'autre à faire que d'écrire ce livre. Je me suis donc assis et j'ai inventé l'histoire de Dune.
Je sais ! Ce fut long. J'ai découpé l'histoire en trois parties et en ai conservé plus d'un tiers pour le premier livre. Je me suis assis et j'ai pris à peu près un an et demi pour rassembler tout ça et en tirer quelque chose. Les revenus que je tirais de la bourse de New-York étaient faibles et le traitement que m'accordaient certains éditeurs étaient à la limite de l'outrage. Mais j'ai continué et ai écrit Le Messie de Dune, bien avant de savoir que Dune allait connaître un tel succès. Je le voyais comme une sorte de pivot, pointant à la fois vers l'arrière et vers l'avant, car j'avais une vision très étendue de la manière dont je voulais traiter ce thème de l'impulsion messianique dans une société humaine. Je travaille actuellement sur le troisième et dernier volet, qui sera sans doute aussi long que Dune lui-même. Je ne sais pas quand je le terminerai car la vie, ainsi que d'autres travaux plus urgents, ne cessent d'interférer avec son écriture. Mais je vais le finir, probablement cette année.
Non. J'en ai un temporaire, mais j'essaie de ne pas trop parler de mon travail lorsqu'il est en cours. Mon conseil à tous les écrivains : ne gaspillez pas votre énergie à parler de ce que vous écrivez en ce moment, mettez la dans votre machine à écrire. Vous dépensez autant d'énergie à parler de votre travail qu'à le faire. Je suis très méfiant, très mystérieux à propos de tout cela. Je garde tout ça pour moi, et lorsque je m'assois devant ma machine à écrire, c'est comme un flot qui se déverse.
Oh, je pense que nous avons tous besoin d'environnements particuliers pour les différentes choses que nous faisons. Un écrivain a besoin de temps, sans interruptions, ainsi que des outils propres à son métier : du papier et un instrument d'écriture quelconque. Jack Vance utilise des crayons ou des stylos. Je trouve sa technique très intéressante. Il utilise des stylos de couleurs différentes. Il les met dans un plat, à côté de lui. Lorsqu'il se lasse du bleu, il écrit en vert, rouge, orange ou noir. Pour ma part, j'utilise une machine à écrire. Déformation professionnelle sans doute. J'ai appris à taper à la machine à l'âge de 14 ans. Dans ce genre d'exercice, vous entraînez votre pensée à descendre au bout de vos doigts. Il s'effectue comme une sorte de lien à travers votre corps. Votre pensée arrive dans votre tête et se retrouve immédiatement sur le papier. J'ai donc besoin d'un endroit où je peux m'asseoir sans être interrompu pendant au moins 4 heures par jour, quand ce n'est pas 6, voir souvent plus.
Oh, je n'attend pas que l'inspiration vienne. Je me contente de m'asseoir et de travailler à l'élaboration de ce que j'avais imaginé au départ. Les trois livres la série Dune m'intéressent toujours autant. Je crois que c'est dû à la manière dont ces impulsions se forment dans cet organisme que nous appelons société.
Oh oui. Le livre se transforme au contact de l'expérience. Il est fou, celui qui ne met pas tout ce qu'il a, à tout moment, dans ce qu'il est en train de créer. Vous êtes là, en train d'écrire. Vous ne voulez pas tuer la poule, mais simplement qu'elle ponde son œuf. Je ne m'inquiète donc pas en ce qui concerne l'inspiration, ou pour toute autre chose équivalente. Ce n'est qu'une question de s'asseoir et de faire son travail. Je n'ai jamais eu de problèmes de ce côté-là. J'en ai simplement entendu parler. Il y avait parfois des jours, des semaines entières durant lesquels je n'était pas très enthousiaste à l'idée d'écrire. J'aurais préféré aller à la pêche, ou tailler des crayons, ou aller nager. Mais par la suite, lorsque je me relis, je suis incapable de faire la différence entre ce qui m'est venu facilement et ce pour quoi il a fallu que je me dise : « Bon, maintenant c'est le moment d'écrire, et je vais écrire. » Cela ne fait aucune différence sur le papier.
Oui, vous vous asseyez et vous conditionnez dans un seul objectif : c'est le moment d'écrire et vous avez un délai à respecter. Vous donnez alors le meilleur de vous même à ce moment là et vous le faites.
Et bien j'écris le script narratif d'un documentaire sur la patrouille de démonstration de la Navy, les Blues Angels. Cela m'a intéressé car il ne s'agissait pas d'un documentaire conventionnel. Cela n'était pas quelque chose du genre : « hé, on va vous faire une démonstration du tonnerre ! ». Je suis pilote, j'étais donc intéressé par le point de vue du vol en lui-même. Ce qui m'a frappé aussi, c'est que vous avez des gars qui pilotent des avions de chasse et qui font des choses extraordinaires avec, mais qui n'ont vraiment pas conscience de ce qu'ils réalisent. Ils savent voler, ils savent qu'ils font des choses superbes et ils en tirent une grande satisfaction. Mais ils ne comprennent pas quelles sont leurs relations avec eux-même, avec leur avion, et avec le reste du monde. Ce qu'ils montrent aux gens c'est qu'en fait un être humain peut faire ces choses extraordinaires : faire voler deux avions l'un à côté de l'autre et ce à une vitesse approchant mach 2. Imaginez çà, ces avions volent à 575 mètres par secondes et se frolent, à environ un mètre l'un de l'autre. Ils s'entraînent pour que leur avion les porte tout autant qu'ils le pilotent. Ils pensent qu'ils contrôlent leur avion. Cette idée du contrôle absolu est une émanation de la culture occidentale. Elle est ancrée dans notre langage, elle fait parti du verbe être : « soit tu le fais, soit tu ne le fais pas ! ». C'est cette vieille dichotomie cartésienne — La séparation entre le corps et l'esprit. Il n'y a pas de séparation entre le corps et l'esprit.
Et bien je ne vois pas de tendances dans le sens de : « où allons nous ? », mais je vois beaucoup d'influences qui vont interagir entre elles, créer quelque chose de nouveau. Bien sûr, nous pouvons parler ensuite de certaines choses qui vont arriver. A moins que nous n'effectuions une avancée considérable dans le domaine des sources d'énergie, ce qui est toujours possible (c'est notre tendance à croire aux miracles), nous allons assister à des catastrophes humaines dans certaines parties du monde. Plus particulièrement dans au moins une zone. J'ai d'autres exemples en tête, mais l'île de Java, que j'ai visité l'été dernier, a aujourd'hui une population de plus de 80 millions de personnes. Ils connaissent des densités de population urbaine dans les campagnes. Actuellement, ils n'occupent pas toute la place disponible, mais une partie n'est pas utilisable par les hommes. Donc, une fois encore, à moins que l'on ne fasse des découvertes importantes en ce qui concerne les sources d'énergie et les sources de nourriture, une catastrophe humaine va se dérouler à cet endroit car ils ne font rien pour contrôler la croissance de leur population. Ils possèdent encore l'un des taux de croissance les plus élevés du monde. Maintenant, et restont prudent à ce sujet, s'ils doublent leur population d'ici à l'an 2000, leur terre ne pourra pas les supporter avec les sources d'énergie actuelles. Elle est tout juste capable de le faire actuellement. Ils sont donc très proche d'une catastrophe. Et je pense que le reste du monde sera impuissant face à ce problème. Nous ne pourrions pas leur fournir assez de nourriture et même si nous pouvions, cela ne ferait qu'exacerber les problèmes déjà existant.
Parce que la pression sur une société, la présence du danger, et notamment celui de la famine, tendent à faire croître la population. C'est une poussée vers la procréation.
Oui, nous sommes sortis d'une guerre avec une population plus importante que lorsque nous y sommes rentré, en dépit des pertes. Je prévois donc que Java va connaître un grave problème de surpopulation d'ici à 15 ans. Cela va se faire sentir dans le monde entier. Pas simplement à cause de notre incapacité à traiter le problème, c'est à dire leur fournir de la nourriture, mais les gens vont commencer à regarder à l'intérieur de leurs propres sociétés. Toute la société va ausculter ses propres efforts. Je crois vraiment que ce que nous appelons « le changement des moralités », qui se traduit par l'utilisation du sexe en tant que plaisir plutôt que comme un moyen de procréation, n'est qu'une sorte de réaction sociale qui permet à la fois de limiter la population et de satisfaire nos besoins sexuels.
Oui, c'est comme çà que je le vois. Le Japon a su maîtriser la croissance de sa population. Je vois le même genre de choses arriver aux États-Unis. Je ne vois pas le même genre de choses arriver dans les pays musulmans ou en Amérique Latine. L'Amérique Latine est une autre zone que nous devons regarder de près car ils ont échoué à régler leurs problèmes au moment où ils devaient le faire. S'ils ne limitent pas leur population ils devront trouver un autre moyen de régler ce problème.
Je pense que la science fiction peut nous aider, et elle parle de choses très intéressantes. Elle dit que nous avons suffisamment d'imagination pour effectuer d'autres choix, saisir d'autres oportunités. Nous avons tendance à nous attacher à des choix trop limités. Nous disons : "« bon, la seule solution est... » ou « si tu voulais simplement... ». Quoi que vous mettiez à la suite de ces phrases, vous réduisez les possibilités de réponse. Cela abaisse votre vision au ras du sol et vous empêche de voir autre chose. Les êtres humains ont trop tendance à ne pas regarder plus loin que le bout de leur nez. Aujourd'hui, nous sommes forcés de porter un regard beaucoup plus ouvert sur le monde et sur ce qu'on lui fait. C'est sur ce point, je pense, que la science fiction peut nous aider. Je ne pense pas que le simple fait d'écrire des livres tels que Le meilleur des mondes ou 1984 empêche les événements qu'ils décrivent d'arriver. Mais je suis convaincu que le fait d'en parler éveille notre conscience sur ces sujets et rend la probabilité qu'ils surviennent plus faible. B.F. Skinner me gène. Il est plus correct du point de vue d'Huxley. Il se tient là debout, comme un enfant et dit : « S'il vous plaît, laissez moi avoir un monde comme çà parce que je me sent bien dedans ! » Il dit : « Je veux le contrôler ». Il se pourrait qu'il ait raison dans le fait que toute notre société aille droit dans cette direction et il a peut-être, de son point de vue, opté pour le moindre mal. Mais quelle genre de société cela pourrait-il bien produire ?
J'aime l'ébénisterie. J'aime faire des choses avec mes mains lorsque je n'écris pas. J'essaie de m'éloigner autant que cela m'est possible du travail de l'écrivain. Cela m'aide, c'est comme une sorte de catharsis. Je jardine. Je possède six âcres et demi de terre au nord-est de la péninsule Olympique dans l'État de Washington. Je suis en train de développer un petit morceau de terrain, lequel va, je l'espère, me servir à démontrer que l'on peut atteindre une bonne qualité de vie sans consommer trop d'énergie. Je vais y effectuer quelques travaux manuels. J'enlève les saletés et je déplace les rochers. Je suis en train de créer une combinaison de marais, d'étang et de lac en faisant varier la profondeur. Je vais planter du riz sauvage et du riz des hautes terres, qui a été développé spécialement pour l'utiliser en altitude dans les îles des Philippines. Je ne suis pas une de ces personnes qui croit à cette vision écologique qui consiste à dire que l'homme ne doit pas modifier la terre. Je crois que lorsqu'il le fait, il devrait le faire en pensant au futur, et avec une attention telle que, lorsqu'il aura changé la terre, il y aura là quelque chose de plus nourrissant qu'auparavant. Je vais introduire des truites dans ce petit lac, ainsi que des grenouilles et autres animaux de cette sorte. Cela va attirer des oiseaux qui vont se nourrir avec le riz. C'est pourquoi j'en ai planté. Je vais construire une sorte de maison d'échange ici — une maison dans laquelle je pourrais recevoir des invités, des amis et où nous pourrons échanger nos idées. J'espère pouvoir la construire à partir d'adobe stabilisé, ce qui constitue un matériau très isolant. Au fur et à mesure que j'extrairai l'adobe du sol, cela me fournira une base pour cette maison. La terre que nous avons retirée pour faire le marais me fournira également de l'adobe. J'avais le sentiment de devoir acorder mes gestes à mes paroles. J'étais là, à répéter ces choses à qui voulait bien l'entendre. Mais c'est une chose de dire : « Nous devrions le faire » et c'en est une autre d'y aller et de dire simplement : « Et bien, c'est comme cela que nous devrions faire, et en voici l'exemple. J'avais tort à propos de cela. J'ai réalisé que pour faire ceci, mon approche originale devait être modifiée ». C'est ce que nous avons toujours appris lorsque nous nous sommes salis les mains. le fait de réaliser quelque chose nous en apprend toujours plus. C'est l'un des problèmes de l'éducation. Vous vouliez en savoir plus sur ma vie personnelle. J'ai enseigné à l'université de Washington jusqu'au trimestre dernier. Maintenant, j'ai pris deux années sabbatiques.
Je donnais un cours magistral intitulé Utopie/Contre-Utopie, qui est une analyse du mythe d'une meilleure vie ; comment nous le portons dans nos têtes. Nous ne faisons rien sans avoir recours à ce mythe : nous laisser pousser les cheveux sur la figure, le choix de nos amis, les vêtements que l'on porte, le type de gouvernement que nous choisissons, qui nous désignons comme étant le meilleur leader, le plus mauvais aussi. Nous n'entrons pas dans l'isoloir sans emmener ce mythe avec nous.
Oui. Cela m'a frappé que l'Académie se soit engagée sur la voie de : « l'éducation peut-être dispensée avec de l'énergie ». Maintenant, toute les académies n'ont pas suivi ce chemin. Nous avons beaucoup de personnes formidables dans notre éducation qui travaillent en dépit des intrusions du pouvoir administratif. Mais quand vous y réfléchissez, une école est une personne qui a des connaissances qui fonctionnent. Elle peut démontrer que cela marche. Les gens veulent apprendre comment faire ces choses, de la même manière.
Oui. Je l'enseignais sur le principe réussite/échec. Il me fallait donner des notes pour le système, mais je donnais un « A » à tout le monde. La notation s'immisce dans l'éducation. Il est totalement évident que nous sommes une espèce à la fois unique et différente. Le fait que nous nous reproduisions sexuellement implique que nous ne sommes pas tous identiques. Non pas dans nos capacités, nos désirs ou n'importe quoi d'autre. Chacun d'entre nous est unique. C'est pareil pour une classe. Il y a des gens qui ont des aptitudes qui se développent dans une certaine direction, de telle sorte que si vous construisez un système qui va dans cette direction, vous pourrez dire que certains sont meilleurs que d'autres. Mais cela vous empêche d'apprendre des choses de n'importe qui dans la classe. Une classe doit être un endroit où le professeur apprend lui aussi. J'ai développé ce que je pense être une bonne manière de déterminer si les élèves ont appris quelque chose grâce à mon cours et si j'ai appris quelque chose d'eux. Si j'apprend quelque chose d'eux, cela signifie qu'ils apprennent de moi aussi. Maintenant je ne dis pas que nous devrions noter les étudiants en médecine avec un tel système. N'interprétez pas mes propos de travers. Nous avons développé un ensemble de paramètres pour un contexte précis. Mais nous devons reconnaître ce que nous faisons, comment nous avons développé ces paramètres, comment nous les modifions pour que les résultats soient ce que nous voulons qu'ils soient. Vraiment, cela bloque le développement. A n'importe quel moment vous devez avoir quelqu'un qui sait faire ce que d'autres ne savent pas faire et qui peut démontrer ces capacités. Il dira : « Voici ce que je peux faire... ».
Oui. « Voici comment je le fais ». Maintenant, ce pourrait ne pas être la seule manière de le faire. Ce pourrait ne pas être la meilleur. Nous pourrions développer une façon de faire qui soit beaucoup plus performante. Mais dans une société basée sur le pouvoir, le pouvoir adhère à ceux qui ont connaissance de la manière dont les choses fonctionnent, sans s'occuper de savoir combien de temps cela fonctionnera.
Et bien oui. Le pouvoir attire le pouvoir de telle manière que cela restreint les possibilités de développement.
Et bien si vous ne voulez pas vous retrouver avec une société chaotique, avec tout ce qui est inhérent à cela et qui ne constitue pas une réponse, vous avec besoin de chemins qui explorent les concepts les plus informels.
Cela se réalisait de différentes façons dans ce que nous appelons des « conditions primitives ». L'ermite pouvait le faire. Mais nous nous éloignons du monde de l'ermite. Si un homme a l'idée qu'en découpant des morceaux dans un rondin d'arbre, en insérant des branches en leur milieu et en plaçant une charge sur ces branches, vous pourriez transporter une charge plus lourde, la déplacer où vous le désirez, cet homme pourrait simplement se mettre à réaliser son idée. Mais notre société, dans son ensemble, a décidé que si nous laissons les physiciens construire les roues et tailler les rondins, alors le résultat peut être utilisé comme un instrument de pouvoir et éventuellement servir à la guerre, voir à la destruction de la planète. A cet égard, je ne suis pas aussi inquiet à propos des armes atomiques que je le suis à propos de toute la structure qui peut les produire. Beaucoup plus dangereux pour notre société, je veux dire qui peut surgir de n'importe où, est la capacité d'un chimiste et d'un pharmacien travaillant dans un laboratoire, par exemple en Afrique du Sud, à produire un virus mutant qui se répandrait comme un feu de paille à travers le monde.
C'est tout à fait réel, un vrai danger qui nous guette.
Oui. Je le vois très clairement, comment toutes ces choses se forment autour de nous. Le développement a lieu dans de nombreuses directions. Il n'y a aucun moyen de contrôler cela, de le canaliser aux moyens de directives gouvernementales. Il n'y a aucun moyen par exemple d'empêcher ce pharmacien ou ce chimiste de travailler dans ce laboratoire en Afrique du Sud.
Je pense que nous le faisons dans la mauvaise direction. Nous ne pensons qu'à contrôler de tels agissements, au lieu d'avoir une société mondiale où les gens n'auraient tout simplement pas envie de faire ce genre de chose, de détruire leurs semblables.
Ce n'est pas une chose facile. Une partie de cela est la simple reconnaissance de l'humanité, du fait que tous les autres êtres humains sont comme moi. Vous savez, quand on y réfléchit, chaque société a sa manière de définir le mot humain. Nous pensons que nous savons ce qu'est un être humain. Je commence toujours mon cours par demander une définition de l'humain. Je ne dis pas homo sapiens. Je ne dis pas non plus que je veux une définition médicale ou physique. Je dis simplement, définissez-le. Et après quelques petits coups de coude ici et là, nous arrivons à mon idée que la plupart des sociétés définissent l'être humain ainsi : « comme moi ». S'ils sont suffisamment comme moi, je laisserai ma fille en épouser un. S'ils ne sont pas comme moi, quelque part, cela veut dire qu'ils ne sont pas humains. Se sont des nègres, des ritals, des chinetoques. Tout le monde le sait, ils ne sont pas humains... pas totalement. Ou bien se sont de sales Indiens ou des métisses. Tout ce que vous avez à faire c'est de les regarder pour voir qu'ils ne sont pas comme moi. Ils ne ressentent pas les choses comme moi. C'est pour cela que, si cela s'avère nécessaire, pour des raisons que je définis moi-même, en tuer quelques uns ne sera pas une grande perte pour le monde.
Exact, nous devons les surmonter car se sont des sentiments qui nous viennent de nos racines tribales. Cela va si loin que, par exemple, une personne qui travaille pour AT&T et qui est vraiment impliquée, sait qu'elle est meilleure que quelqu'un qui travaille pour US Steel. Le gars de US Steel, bien entendu, est juste un petit peu moins qu'un humain.
Oui. Je voudrais leur dire d'être très prudent et de ne pas chercher de boucs émissaires. La technologie n'est pas quelque chose qui doit être détruit, mais qui doit nous aider à résoudre nos problèmes. Jusqu'où allons nous la limiter ? Allons nous revenir à la scie manuelle et à la hache ? De quels éléments de la technologie allons nous nous défaire. Je dirais qu'il faut qu'ils donnent libre cours à leur imagination. Allez-y, essayez d'imaginer les choses qui pourraient être amusantes, distrayantes, les choses que seraient intéressantes à faire. Faites le en gardant un œil sur les vagues que cela pourraient engendrer et sur les personnes qui pourraient être touchées. Eventuellement, ils vous faudra chanter pour gagner votre soupe.